Lettre ouverte aux Yukonnais : Garantir l’accès à un lit d’hôpital ou à des services hospitaliers quand vous en avez besoin

Date: 
11/10/2017

Tous les jours, des Yukonnais sont pris en charge à l’hôpital pour cause de maladie ou de blessure, aussi s’attendent-ils à ce qu’un lit ou un service hospitalier soit mis à leur disposition en cas de besoin.

Quand il y a hospitalisation – ce qui arrive dans la plupart des cas –, les patients sont admis et se voient attribuer un lit où ils recevront la majorité des soins et des traitements dont ils ont besoin. Mais nos hôpitaux connaissent une grande affluence, particulièrement l’Hôpital général de Whitehorse (HGW) qui, en tant que seul établissement de soins actifs primaires au Yukon, tourne presque toujours à plein régime, voire plus.

Pour situer les choses dans leur contexte, l’HGW traite chaque année quelque 34 000 urgences – ce qui, à titre d’exemple, voudrait dire que l’an dernier seulement chaque résident serait allé au moins une fois aux urgences. Qui plus est, le taux d’occupation à l’HGW se situe entre 95 et 115 %. Idéalement, ce chiffre ne devrait pas dépasser 75 % de façon à ce qu’on puisse adéquatement traiter l’afflux de nouveaux patients qui ont besoin de soins actifs, surtout en période de pointe comme la saison de la grippe. Malheureusement, la moitié du temps, nous n’avons pas assez de lits pour répondre à la demande.   

Nous faisons face à une pénurie de lits, parce qu’un certain nombre de patients hospitalisés à l’HGW n’ont plus besoin de soins hospitaliers, mais attendent d’être placés dans un établissement offrant un autre niveau ou un autre type de soins, comme des soins de longue durée. Quelque 35 à 40 % de nos patients devraient être dans un autre type d’établissement – soit quatre fois plus que ce que la majorité des hôpitaux canadiens jugent acceptable.

En outre, alors que la durée d’hospitalisation moyenne des patients ayant besoin de soins actifs ne dépasse pas cinq jours, les patients en attente d’un autre niveau de soins (ANS) restent à l’hôpital souvent plus de 30 jours, voire plus d’un an dans certains cas. Un lit d’hôpital n’est pas l’endroit approprié où prodiguer des soins de longue durée à une personne âgée qui n’a pas besoin de soins actifs.

Pour nous, assurer des soins hospitaliers sûrs et d’excellente qualité n’est pas qu’une mission – c’est primordial.

Il est impératif que nous tirions pleinement parti de tous les lits et de toutes les ressources du réseau hospitalier. Nous avons la chance, au Yukon, d’avoir trois hôpitaux modernes bien équipés, chacun doté d’une équipe de pourvoyeurs de soins de santé doués et compétents. Quand les Yukonnais viennent à l’hôpital, ils peuvent s’attendre à être bien soignés dans l’un ou l’autre de ces établissements et à y recevoir une qualité de services exceptionnelle.

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Voir aussi : Suroccupation : mesures prises par les hôpitaux du Yukon pour continuer d’assurer l’accès aux soins en situation d’engorgement

La Régie des hôpitaux du Yukon administre un réseau hospitalier et son objectif est d’assurer à chacun l’accès aux meilleurs soins possible, de la manière la plus efficace possible.

Ce qui veut dire qu’à l’occasion des patients pourraient être transférés de l’HGW vers l’un des hôpitaux communautaires, à Dawson ou à Watson Lake. La sélection des patients qui peuvent être soignés dans ces établissements se fonde sur des critères cliniques et la consultation du médecin responsable. Nous en discutons avec le patient et la famille pour sonder leur point de vue et connaître leurs préoccupations. Le transfert vers un autre hôpital du territoire nous permet de maximiser l’utilisation de nos ressources et de nous assurer que vous continuerez d’être bien soignés en tout temps. Depuis juin dernier, une quinzaine de patients ont été transférés vers un des hôpitaux communautaires pour remédier au problème d’engorgement à l’HGW.

Nous sommes conscients qu’un transfert vers un établissement du réseau hospitalier du Yukon à l’extérieur de Whitehorse n’est pas idéal et peut causer du stress et certains inconvénients à un bon nombre de patients et de familles. Ces transferts sont cependant temporaires, et les patients sont ramenés à Whitehorse habituellement au bout de 3 à 6 semaines. Nous tenons à vous assurer qu’ils n’ont lieu que si les conditions de sécurité sont réunies et si le niveau de soins nécessaire le permet. Nous nous efforçons autant que possible de tenir compte des circonstances particulières des patients et fournissons aux personnes concernées toute l’information nécessaire afin de faciliter le transfert.

Ces transferts nous permettent de continuer à prendre soin des personnes qui ne nécessitent plus de soins hospitaliers et d’assurer à celles qui doivent être hospitalisées pour des soins actifs ou des services seulement offerts à Whitehorse la possibilité d’être traitées le plus rapidement et dans les meilleures conditions de sécurité possible.

Les patients que nous transférons, si nous optons pour cette solution, continuent d’être bien soignés, mais peuvent se retrouver séparés de leur réseau de soutien personnel et de leur milieu familier. D’un autre côté, si nous ne transférons aucun patient, le nombre d’admissions à l’HGW continuera de croître pour atteindre des proportions impossibles à gérer, ce qui veut dire qu’il sera alors nécessaire de garder des patients aux urgences ou dans des endroits de l’hôpital non aménagés à cette fin. Ce qui signifie aussi qu’il faudra reporter ou annuler certaines interventions chirurgicales.

Imaginez qu’en plein milieu de la nuit, vous êtes soudainement atteint de douleurs aiguës à l’estomac et devez être opéré d’urgence. Notre personnel est là pour effectuer l’intervention chirurgicale requise et vous accompagner dans votre rétablissement, mais il n’y a pas de lit disponible. Ce qui veut dire que vous pourriez devoir rester aux urgences ou dans le corridor – deux endroits qui ne se prêtent pas à un prompt rétablissement, augmentent les risques d’infection, n’offrent que très peu d’intimité, sont bruyants et rendent la tâche difficile au personnel de vous prodiguer les soins infirmiers nécessaires. Cette situation pourrait entraîner des complications et prolonger votre hospitalisation et votre période de convalescence.

Imaginez maintenant que vous êtes sur le point d’être opéré pour un cancer ou un remplacement du genou. Vous êtes peut-être venu de l’une des collectivités en région, vous avez jeûné comme on vous avait indiqué de le faire et avez pris des arrangements pour avoir de l’aide de votre famille ou des amis. Votre état vous cause beaucoup d’inquiétude. La veille, on vous annonce que l’opération doit être reportée parce qu’il n’y a pas de lit convenable de disponible. Vous voilà par conséquent plongé dans l’incertitude le temps qu’on fixe une nouvelle date pour votre intervention – et vous devrez refaire tout le processus préopératoire à partir de ce moment-là. 

Ces deux scénarios illustrent des situations bien réelles et mettent en évidence la nécessité dans laquelle se trouve le réseau des hôpitaux du Yukon de concilier les droits des patients qui ne nécessitent plus de soins hospitaliers avec ceux de centaines d’autres personnes dont les soins pourraient être compromis ou reportés, voire refusés, du fait d’une pénurie de lits ou parce qu’il est impossible d’offrir le service hospitalier nécessaire à Whitehorse au moment où le besoin se fait sentir.

Gérer la disponibilité des lits demande de la part de l’ensemble du personnel une mobilisation au jour le jour, voire d’heure en heure. Si nous pouvons libérer un lit à l’HGW en utilisant de façon continue ne serait-ce qu’un lit de plus dans l’un des hôpitaux communautaires, sur une année cela se traduirait par la possibilité de traiter environ 100 patients nécessitant des soins actifs. 

La vraie solution au problème n’est pas d’augmenter le nombre de lits d’hôpital, mais de se doter d’autres moyens de répondre aux besoins des Yukonnais en matière de santé, que ce soit en établissement ou par la voie de services de soutien de proximité.

Cela comprend augmenter le nombre de lits de soins de longue durée et d’élargir encore les services de soins à domicile. Cela pourrait aussi inclure d’autres stratégies permettant aux gens d’accéder à divers services près de chez eux et d’éviter l’hospitalisation s’ils n’ont pas besoin de soins hospitaliers. Nous travaillons quotidiennement sur plusieurs fronts avec nos partenaires du domaine de la santé pour essayer de trouver des solutions et de les mettre en pratique.

Entre-temps, il nous revient, en tant que gestionnaires du réseau hospitalier, de déterminer comment nous pouvons au mieux répondre aux besoins de tous les Yukonnais et assurer à chacun l’accès à des soins sûrs et appropriés à leur état – un droit qui vous est acquis et que nous nous efforçons, chaque jour, d’honorer.


Brian Gillen
Le président du conseil d’administration de la Régie des hôpitaux du Yukon

Jason Bilsky
Le directeur général de la Régie des hôpitaux du Yukon

Dr Wayne MacNicol
Le chef du personnel médical de la Régie des hôpitaux du Yukon

Last Updated:mer, 29/11/2017 - 21:44